
Eh bien voilà, je suis atteinte de la maladie dont peu de gens parlent : la chevalite aigue récidivante. Très mal connues parce que limite embarrassante surtout pour ceux qui ne connaissent pas les chevaux ou qui ne pratiquent pas l’équitation. Toutes personnes extérieures pourraient en effet penser se trouver en face d’un fou qu’il faut enfermer, illico. Et pourtant, je ne me sens ni extravagante ni originale voir démente, je suis juste passionnée. Et en bonne férue, je ne limite pas ma passion à son contacte, ni à l’acte de la peindre, non, je vis cheval au quotidien. C’est là que la maladie frappe. Elle ne prévient pas, elle s’immisce dans votre vie, elle vous prend n’importe quand, n’importe où et surtout vous laisse un petit goût d’amertume, une courte joie suivie d’une frustration intense. En ce qui me concerne, parce qu’elle diffère et peut prendre d’autres formes selon les malades contaminés, elle apparaît brusquement lorsqu’un événement, un objet, un son me rappelle le cheval et son univers et ce lorsque je suis loin de lui.
Des clefs dans ma poche se percutent et cliquètent régulièrement au rythme de mes pas et j’entends le bruit du canon du mors en métal heurtant les anneaux accrochés au filet. Certains bruits de chaussures qui marchent sur le sol en cadence et je perçois des sabots martelant le macadam au pas ou au petit trot. Je suis d’ailleurs la plus rapide à reconnaître un cheval rien qu’au bruit de ses pas ! Cela ne m’est certes pas bien utile dans la vie, mais je n’y peux rien, je réagis au moindre son me rappelant les fers sur le béton… C’est grave docteur ? Ah la maladie est à son paroxysme, chère Madame… Il faut de la patience et attendre que la crise se calme. Jusqu’à la prochaine ! Elle n’est pas récidivante pour rien. Le pire reste quand je vois l’objet de ma passion en pleine ville, là où j’étais pourtant certaine de ne pas en croiser. Si si, cela arrive beaucoup trop souvent près de chez moi, habitant pourtant une grosse agglomération célèbre pour son tourisme, son métro, son trop plein de gens, ses monuments… Bref il serait d’ailleurs normal de ne pas croiser un cheval à tous les coins de rue… Et bien moi si. Pas à tous les coins de rue, certes et heureusement, je deviendrais folle. Néanmoins, j’en vois, trop, je dois les attirer. Ou plutôt là ou je me suis implantée, je me trouve encerclé avec des centres équestres, des hippodromes… à croire que je les cherche et ils me trouvent ! Quand j’en distingue un, monté évidemment, inconscient de ma présence et de mon engouement, mon sang bouillonne, je voudrais ne pas l’avoir vu, mais mes yeux ne me répondent plus et le visent jusqu’à ce qu’il disparaisse de mon regard. Pensant être en sécurité dans une grande ville me voilà cerné par ces maudites bêtes…
C’est un coup de ma jument, je la délaisse la semaine et elle me le fait payer en me mettant sous le nez l’objet de mon délire ou désir… Drôle d’envoûtement que je cautionne, que je recherche malgré tout. La maladie est sournoise et masochiste. Plus je suis loin de chevaux et plus la durée de séparation est longue, plus la maladie est présente. Loin des yeux loin du cœur ? Que nenni ! Point d’expression qui se vérifie avec moi. Je crois que je suis droguée et comme telle, je suis en manque tout simplement.
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